
La discrimination au travail constitue une violation grave des droits fondamentaux des salarié·es et une atteinte directe au principe d’égalité de traitement. Malgré ce cadre protecteur, la pratique contentieuse révèle que beaucoup de salarié·es rencontrent encore des obstacles majeurs lorsqu’ils tentent de prouver la réalité d’une discrimination.
En principe, le droit impose à toute personne qui invoque un fait d’en rapporter la preuve. Toutefois, cette exigence crée, dans le cas des discriminations, un déséquilibre entre les salarié.es et l’employeur : les salarié·es n’ont souvent pas accès aux documents nécessaires (tels que bulletins de paie, décisions de recrutement, évaluations ou curriculum vitae des candidats sélectionnés), ceux-ci étant détenus par l’entreprise.
Pour rétablir cet équilibre, le législateur a instauré un aménagement de la charge de la preuve. Selon l’article L. 1134-1 du Code du travail, en vigueur depuis novembre 2016, il n’incombe plus aux salarié·es de démontrer formellement la discrimination ; il leur suffit d’apporter un faisceau d’indices précis et concordants laissant supposer son existence.
Ce dispositif s’inscrit dans une logique de protection : dès lors que les salarié·es présentent des éléments laissant présumer une inégalité de traitement, il revient à l’employeur de prouver que ses décisions reposent sur des motifs objectifs, étrangers à toute discrimination. Dans cette optique, la jurisprudence et les recommandations de la Défenseure des droits soulignent régulièrement la nécessité d’un véritable accès à la preuve, autorisant le juge à ordonner, si besoin, la communication de documents détenus par l’employeur. Ce mécanisme vise à garantir l’effectivité du droit de chaque salarié à faire reconnaître la discrimination subie et à obtenir réparation du préjudice.
